Le grand débunk
« Form follows function » : la citation que tout le monde ampute
Le slogan le plus répété du design n’est ni de l’auteur qu’on croit, ni le manifeste anti-ornement qu’on en a fait.
On la répète en conférence comme une évidence fonctionnaliste : la forme suit la fonction, donc dehors l’ornement. Deux problèmes. Le premier : ce n’est pas la phrase écrite. Le second : ce n’est pas ce qu’elle voulait dire.
La phrase répétée contre la phrase écrite
Louis Sullivan écrit, en 1896, « form ever follows function » [à vérifier : formulation et source exactes]. L’adverbe change tout : ce n’est pas une consigne de méthode, c’est une envolée quasi mystique sur l’ordre de la nature — le bouton de rose, l’aigle, le cheval au galop. Une loi de la vie, pas un cahier des charges.
L’ornemaniste qu’on a effacé
Surtout : Sullivan était un virtuose de l’ornement. Ses façades débordent de feuillages en fonte et de motifs organiques. Réduire son œuvre à un slogan anti-décoratif, c’est amputer l’auteur en même temps que la phrase.
Le sens moderniste — « fonctionnel donc nu » — est une réécriture a posteriori [à vérifier : par qui, quand]. On a fait dire à un poète du fer ce qu’il n’a jamais soutenu.
Ce qu’on perd à l’amputer : l’idée que la forme exprime une fonction, pas qu’elle s’y soumet. Nuance que tout le XXᵉ siècle s’est empressé d’oublier.