Ceci n’est pas nouveau
L’IA générative est notre querelle de la photographie
Les arguments de 2022 contre l’image générée par IA sont, presque mot pour mot, ceux opposés à la photographie au XIXᵉ siècle.
1859
La querelle de la photographie
2022
Le procès de l’image générée
En 2022, quand les premières images génératives inondent les réseaux, le procès s’ouvre en trois chefs d’accusation : ce n’est pas de l’art, c’est du vol, c’est la mort du métier. Ces trois phrases ont déjà été prononcées. Mot pour mot. En 1859.
Le même procès, cent-soixante ans plus tôt
Face à la photographie, la critique du XIXᵉ dégaine exactement les mêmes armes : une machine ne crée pas, elle copie ; elle pille le réel sans le mériter ; elle va ruiner les peintres. Baudelaire lui-même, dans le Salon de 1859, range la photographie du côté de la servante des arts, jamais de leur égale.
Ce que le XIXᵉ a tranché
La photographie n’a pas tué la peinture. Elle l’a libérée de la ressemblance. Déchargée du devoir de représenter fidèlement, la peinture est partie ailleurs — vers l’impressionnisme, puis l’abstraction. La menace a redéfini le territoire, elle ne l’a pas rasé.
Même les mythes de cette querelle sont mal sourcés : le fameux « la peinture est morte à dater de ce jour » prêté à Delaroche est d’attribution douteuse. La panique produit toujours ses fausses citations.
Ce que l’IA va forcer le design à redéfinir
La bonne question n’est donc pas « est-ce de l’art ? » — c’est celle que le XIXᵉ a fini par poser : qu’est-ce qui, dans le métier, ne se délègue pas à la machine ? La réponse d’alors fut le regard, l’intention, le parti pris. Il n’y a pas de raison qu’elle soit différente aujourd’hui.